A la fenêtre

4 heures de l’après-midi, en début d’hiver, l’hiver humide et gris aux journées interminables tant elles se ressemblent, sans lumière et monotones.

4 heures, l’heure de sa boisson chaude, l’heure de fermer les lourds rideaux jaunes et oranges sur la rue. Calfeutrer sa solitude dans des couleurs chatoyantes.

Avant de tirer les rideaux, il jette un œil à la rue.

Sa rue longue et droite, insipide, bordée d’immeubles neufs et pompeux abritant bureaux, agences, toutes sortes de lieux professionnels ; les commerces sont bien plus loin maintenant. La vie a quitté sa rue. Elle est devenue une artère traversante, juste utile à atteindre le centre-ville. Même l’arrêt du bus a été déplacé deux carrefours plus bas, il n’entend plus le ronronnement du moteur arrivant, repartant sous sa fenêtre. Sa fenêtre au 5ème étage, le dernier de son modeste immeuble des années 50, il surplombe le croisement des rues, rectilignes et étroites, envahies de voitures garées.

Il scrute la maison d’en face, par chance elle n’a pas encore été démolie pour faire place à un autre sempiternel bâtiment pour bureaux. A la fenêtre du dernier étage, la lampe allumée. Il ne voit pas la lampe, il cherche des yeux les rayons de l’éclairage, une teinte mordorée. Tous les soirs d’hiver, la lumière est là : vigie, présence, havre de la fenêtre d’en face. Résistance aussi, vestige d’un autre temps, celui des voisins, du poissonnier, du café du coin, du cordonnier. De la vie à deux.

Quelqu’un ou quelqu’une est là aussi, en dehors des heures de bureau, il ou elle se penche pour appuyer sur le bouton de la lampe, à heure fixe. Tout comme lui avec sa fermeture des rideaux, un rituel. Un rendez-vous silencieux, juste pour lui.

Tant qu’il y aura de la lumière à la fenêtre d’en face …

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