Suite – titre à définir

2 décembre,

Nouveau mail d’Hannah Gelter

Objet :  « wichtig, bitte » (important, s’il vous plaît)

Bonjour Madame Wogerstad

Comment interpréter ce silence de votre part? Je suis désolée d’insister mais votre silence m’interpelle aussi et nourrit un espoir. Est-il vain?

Est ce un simple oubli : pas de réponse signifie-t-il que vous n’est pas concernée, 

Avez vous remis votre réponse à plus tard, puis oublié?

N’avez vous pas lu mon précédent message par inadvertance?

Avez vous pensé à une erreur de destinataire ou à une imposture?

Bitte, répondez. 

Sil est possible que vous soyez sa mère de naissance et que vous faites le choix de ne pas donner suite je comprendrai. Je ne lui dirai rien si telle est votre décision.

Quand on a commencé ce parcours on a envisagé cette possibilité. 

Cette décision sera respectée, je vous le promets mais elle permettrait de se résigner, d’arrêter de chercher l’impossible.

Je ne parlerai de vous à Antoine que si vous me l’autorisez. Nos échanges resteront confidentiels.

Peut-être avez vous des questions.

On peut se parler, je vous donne mon n° de téléphone : +49 30 8763 4221.

Danke

Hannah

Mon Dieu, oui, des questions elle en a. Elle s’en pose à longueur de nuit.

Elle a même commencé à les écrire pour tenter de s’en défaire en les posant dans ce dossier « note ».

Que veut-il?

Pourquoi maintenant, à 45 ans.

Elle connait la loi  : 

« L’accès d’une personne à ses origines est sans effet sur l’état civil et la filiation. Il ne fait naître ni droit ni obligation au profit ou à la charge de qui que ce soit. (L. 147-7 du code de l’action sociale et des familles) ».

Donc il n’a rien à espérer au niveau matériel, au terme de cette loi. 

Qu’est ce que cela changera dans son quotidien à lui? Rien!

À elle : TOUT!

Pourquoi bousculerait-elle sa vie maintenant?

Cette période de sa vie qu’elle pensait passer à petite vitesse, en flânant, sans soucis, sans contraintes.

Elle déplace ce mail dans son dossier « note ». Elle est mal à l’aise, en colère contre cette femme qui s’immisce dans sa vie, semblant lui faire la morale. Non, mais elle sait ce que c’est que de se retrouver dans cette situation à 17 ans. 

De quel droit ?

Elle n’a rien à répondre, rien à dire. Le passé est fait pour rester dans le passé, c’est fait on ne peut rien y changer. D’ailleurs pour être honnête, elle n’a jamais imaginé un autre choix.

Oui elle a accouché le 5 juillet 1977 à 10h 08 à l’hôpital de la charité à Berlin.

Quand la sage femme lui a dit :

  c’est un beau petit garçon, voulez-vous le voir?

Elle a fermé les yeux, secoué la tête. 

Quand la puéricultrice est revenue après l’avoir lavé, pesé, habillé pour le déposer dans le berceau transparent  resté près de son lit, elle a fait semblant de dormir. Puis elle a jeté un oeil sur le bébé, juste une seconde, un regard fugitif. Elle a vu son petit visage chiffonné, mat avec les paupières gonflées et des cheveux épais très bruns. Tant de traits de son papa, comme un coup de poignard supplémentaire dans son coeur. Doucement des larmes ont coulé sur ses joues, elle s’est retournée.

La puéricultrice a poussé le berceau. 

Marie est entrée, l’a prise dans ses bras, l’a serrée l’a bercée doucement. Elle entend ces quelques mots comme une chanson douce :

  • ça y est, c’est fini, c’est fini. Tu vas reprendre ta vie. On ne parlera plus jamais de ces 4 mois mais je serai là si un jour tu voulais évoquer ce qui vient de se passer.

Deux jours plus tard elle avait les résultats du bac bilingue… sans mention. Mais elle l’avait. Dans les conditions de son passage elle s’estimait heureuse. Cependant sans mention, adieu l’inscription dans les instituts prestigieux de formation d’interprètes. 

Elle se sentait tellement vide.

Quand elle y repense, cette sensation de vide …

Ce soir elle va prendre un somnifère, il faut qu’elle s’accorde un peu de sommeil, même artificiel.

************

Le temps passe, les fêtes de fin d’année se profilent et comme chaque Noël, les enfants et petits enfants passeront chacun leur tour avec une ou deux journées partagées selon leurs impératifs familiaux ou professionnels.

Mais c’est le premier Noël en mode retraité. Cette nouvelle  maison de plage ne pourra héberger toute la tribu, une petite dizaine de personnes, On ne sait jamais si Camille vient accompagné ou pas, idem pour Claire. 

Alice a appris à s’adapter et ne pas poser de question trop à l’avance. Elle envoie un mail à tous :

  • cette année Noël sera à la montagne. Nous allons louer une grande maison pour pouvoir vous accueillir tous, avec beaucoup de plaisir, selon vos disponibilités. Vous nous direz comment vous vous organisez, merci.

Bien sûr ils vont accueillir Hugo et Léa, les enfants de Pierre et Sokaïna, pour faire la jonction entre les vacances scolaires et les congés des parents.

Ce bonheur d’être grand- mère, elle ne l’avait pas anticipé, ne l’avait pas imaginé. 

Ce premier Noël en totale disponibilité va être merveilleux.

La grande maison à Cauterets est trouvé. Ils arriveront avant tout le monde pour tout mettre en ordre, faire l’arbre de Noël, les décorations aussi, tout en en laissant un peu pour finir avec Hugo et Léa.

Hugo a 6 ans, il fait le grand face à sa soeur, il se met facilement en mode protecteur ou asticoteur, selon son humeur. Il est beau. Le métissage Franco-Indien ressort bien, peau mate et cheveux noirs magnifiques.

Léa est plus pâle, a hérité des cheveux châtains clairs de son père et de ses yeux oscillant entre le bleu et le vert selon la couleur du ciel. Elle frisotte au moindre souffle d’air humide comme sa Tatie London – comme ils appellent Claire – .  

Ils sont plein de vie et de malice, Hugo a de l’humour et joue les charmeurs.

Léa est tendre, un peu timide, il faut toujours un temps d’adaptation pour qu’elle se déverrouille. C’est une petite calme qui aime les belles histoires de princesses, de fées et de licornes.

30 Décembre

Tout le monde est reparti.

Ce Noël était réussi, plein de chaleur, de rire, de cadeaux … un si bon moment fait de petits plaisirs et de grands bonheurs. Le rire des petits, la complicité des grands. Des échanges à n’en plus finir sur leurs vies, ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, leurs projets… Ce fut une semaine bien pleine.

C’est ainsi les fêtes : un mouvement de vague montantes puis descendantes. Ils sont dans le ressac, partagés entre un peu de nostalgie d’être dans l’après et un peu de soulagement de pouvoir souffler aussi.

Elle n’aime pas l’expression « chic ils arrivent – ouf ils partent » mais elle doit bien reconnaitre qu’elle fatigue. L’intendance à géométrie variable avec des interventions intempestives de Camille qui s’est récemment mis à la cuisine, les horaires très fantaisistes des uns et des autres. Et pour elle, l’objectif que tout soit parfait pour tout un chacun. Trouver l’équilibre pour les autres et … s’oublier.

Au bout de 10 jours elle est sur les genoux, tout remettre en place, laver, plier, ranger, rendre les clés, revenir à son ordinaire, ouf!

10 jours sans ouvrir son ordi sauf pour regarder des recettes de cuisine et visionner des dessins animés avec ses petits enfants.

**********

Les voilà de retour dans leur maison du bord de mer, chauffer, aérer, vider les valises. Retrouver son bureau, arroser ses plantes. 

Arnaud a quelques bricolages en cours, mais avant il faut remplir le frigo, faire l’inventaire des placards. Les courses c’est lui. 

Pendant ce temps elle va s’atteler au courrier, et mails en suspend. L’administratif, c’est elle.

10 jours qu’elle n’a pensé à rien d’autres qu’à cette fête de Noël, sa famille.

Pas d’appréhension en ouvrant sa boîte mail. 

Nouvelle année, nouveau départ, sa décision est prise : elle ne se laissera pas dicter de décision. Elle contrôlera cette affaire aussi froidement et rationnellement que possible. 

D’ailleurs, peut-être n’y aura-t -il plus de message. Ça s’arrêtera là, sans suite.

Oh, la, la, plein de pub, de courriels divers des associations et des amis leur souhaitant un joyeux Noël.

Alice fait le tri, répond de même aux traditionnelles formules. Un peu déçue de voir, année après année diminuer le nombre de coup de téléphone au profit de ces voeux impersonnels, en série. Disparition de l’échange direct, numérisation de la communication et en même temps dépersonnalisation.

Cette année encore elle appellera sa soeur, une nièce, deux amies pour un échange plus personnel, de vrais voeux, sincères.

Arnaud va rire, se moquer gentiment :

  • tu fais de la résistance au numérique, pour moi je trouve ça tellement plus facile
  • Et impersonnel !
  • Mais non, tout le monde fait ça. Toi, tu ne veux pas par principe. 
  • Tout à fait
  • Tu veux faire de « l’authentique » dit-il avec un petit sourire en coin.
  • c’est ça, je veux parler à de vrai gens qui vont me répondre, parler de leurs enfants, de leur vie…de leurs projets, la vraie vie : AU-THEN-TIQUE. Et arrête de te moquer.
  • As-tu pensé aux cartes de voeux avec les rouge-gorges, les paysages enneigés …je vais faire les courses, veux-tu…
  • Tu vois que tu es nostalgique toi aussi. Rire partagé

Elle parcours rapidement les 35 mails, supprime les pub et les actu quotidiennes de France Info. L’information est une denrée périssable aussi.

Reste les voeux en série, l’annonce des dates des prochaines réunions de l’association des « Scrabbleurs » et celle du club de gym. Elle ne s’est pas réinscrite et n’ira pas. Son engagement n’a pas dépassé la fin du premier mois, une fois encore. Quand admettra-t-elle définitivement que le sport c’est définitivement NON.  

Et puis un nouveau mail d’Hannah

Objet : « wichtig, bitte » (important, s’il vous plaît) 

Madame Wogerstad

Je vais respecter votre silence.

Je voulais dans ce dernier message, vous annoncer la naissance de notre petite fille Elsa, née le 28 décembre à l’Hôpital de la charité. J’ai vu les larmes de bonheur de mon mari quand il la prise dans ses bras.

C’était un moment lourd d’émotion. Bonheur et chagrin mêlé.

Il a pensé à vous. Sachez qu’il ne vous en veux pas, ne juge pas. Jamais.

Je ne lui ai rien dit, bien que je pense que …

Vous laissant à présent l’initiative de futurs échanges

Hannah

Hé bien, nous y voilà : FIN de l’histoire.

Elle fait glisser ce mail dans le dossier « note ».

Un malaise la poursuit toute la journée.

La nuit, l’insomnie ordinaire est peuplée des mots d’Hannah.

Non, elle n’est pas soulagée de cette fin. Non, elle se souvient et n’oubliera jamais. Pourtant 4 mois de vie quand on a 61 ans… c’est si peu. Oui mais ça a changé le cours de sa vie. Terminé ses rêves, revu son avenir, elle est rentrée à Wattwiller, a passé des concours administratifs et dès septembre a intégré une formation de rédacteur à Lyon puis premier poste dans le secteur sanitaire et social dans différentes villes d’Aquitaine pour finir les 20 dernières années à Pau.

D’un coup, elle a mûri, vieilli, fin de l’insouciance. Début de la méfiance vis à vis des hommes, des sentiments amoureux…

Elle va voir sa mère à la maison de retraite, lui apporter une boîte de chocolats, un châle bien chaud et une très jolie orchidée.

La conversation démarre toujours pareil, dans un flou qu’elles essaient de stabiliser pour donner un sens aux paroles. Alice cherche à l’orienter sur des souvenirs de moment heureux.

Elle évite de l’appeler « Maman » car cela lui fait perdre pied. Son Alice à elle n’est pas la personne qu’elle a en face d’elle.

  • tu te rappelles le beau jardin que tu avais à Wattwiller,
  • C’est vrai. Alice adorait jardiner. Bon, pas avec moi. Moi,  j’aimais le résultat, les fleurs partout, … mais avec sa grand-mère Katel, qui habitait à côté. Elles s’entendaient bien toutes les deux pour cette passion que je n’ai jamais eu. Elles passaient des journées entières à biner, planter, nettoyer. D’ailleurs je pensais qu’Alice choisirait un métier dans l’horticulture. Mais tu l’as connu toi, Alice.
  • Oui, 
  • Ah, elle habite loin, à Berlin ou à Londres, je crois….

Les échanges s’enlisent. 

***********

Alice passe des nuits à penser à cette naissance cachée. Elle aurait dû en parler à Arnaud au début de leur relation. Trop de temps passé et c’était devenu impossible. Quand elle est tombée enceinte de Pierre 7 ans plus tard, elle avait eu peur que le gynéco vende la mèche. 

Il avait demandé :

  • c’est votre premier enfant?
  • Oui, répondu précipitamment et trop fort sans doute.

Arnaud, présent, l’avait relevé en rentrant dans la voiture. 

– j’ai cru que t’allais le mordre quand il a demandé si c’était notre premier enfant.

Elle s’en était sortie par une pirouette :

  • Pourquoi, ce n’est pas le premier pour toi? Ton ironique, rage et montée de larme.
  • Allez, je ne voulais pas te blesser, chut, … c’est les hormones, ne pleure pas, je regrette. Et oui, pour moi aussi c’est le premier. Petit sourire contrit.

L’instant était passé.

Et si elle assumait aujourd’hui, seule. 

Elle commence à imaginer des scénarios. Après tout elle peut donner suite sans mêler sa famille. Elle s’est tue jusque là. Personne n’a jamais eu le moindre soupçon. 

Elle s’est surprise à se demander ce qu’ avait été sa vie à lui, Antoine.

Après tout, elle pourrait demander une photo, demander juste s’il a été adopté, si c’était une gentille famille…

Tout ça resterait dans le dossier « note ». Pourquoi en parler à Arnaud et aux enfants? Ils ont leur vie.

Oui, elle va … cela ne la regarde qu’elle.

Les semaines passent, sa résolution s’affermit. Elle sent que c’est réalisable, sans se mettre en danger. Elle se dit depuis quelques jours qu’elle lui doit bien ça. C’est un minimum. Un argument de plus pour donner suite.

Il faut qu’elle trouve les mots justes.

31 Mars

Arnaud est parti chercher Hugo et Léa pour les vacances de Pâques. Il a pris l’avion pour Genève, restera avec eux le week end et redescendra lundi en fin de journée.

Elle ouvre le dossier « note ».

Relit les 3 messages et toutes ses questions qu’elle se pose. Elle voit bien qu’elle a cheminé. 

Ses premières interrogations étaient teintées d’inquiétude :

L’objet de sa curiosité à lui : Que veut-il?   

Et maintenant sa curiosité à elle : qui est-il?…

Alice appuie sur « répondre » après le dernier mail.

Objet :  Danke Hannah (merci Hannah)

Bonjour Hannah

J’ai lu, relu vos messages

J’ai beaucoup hésité

Je me sens prête à parler.

Je crois que je peux mais c’est difficile.

OUI j’ai donné naissance à un petit garçon le 5 juillet 1977 à 10h08 à l’hôpital de la charité à Berlin. 

Aujourd’hui je ne peux pas aller plus loin. 

Merci de garder ceci de vous à moi. 

Laissez moi du temp. 

Je n’ai jamais parlé de cette naissance. 45 ans que je porte ce secret.

Merci de votre compréhension.

Alice

Alice relit, relit encore son mail. Elle hésite, est-ce ce qu’il faut dire? Est-ce que ce sont les bons mots? Avoir un intermédiaire l’aide, c’est un premier palier facilitateur. Mais ce n’est pas une personne neutre, c’est la femme d’Antoine. La pression est importante, l’attente palpable.

Dans les dossiers officiels, une psychologue, un médiateur professionnel amortit, canalise les échanges. Ici, le contact est quasi direct, brutal. Il s’est imposé à Alice sans préavis.

Elle ne demandait rien. 

Elle avait tellement enfoui profondément cet événement qu’il lui revient haché, percutant, douloureux, en vrac, se mélangeant avec cette histoire d’amour malheureuse. Faudra-t-il qu’elle évoque Bilal?

Aujourd’hui elle juge cette aventure lamentable. Quelle cruche ! Franchement, elle s’est faite avoir comme une midinette naïve… mais elle a payé le prix fort sur le moment et 45 ans après encore… et Antoine aussi !

Toutes ces femmes qu’elle a croisées dans sa vie professionnelle, ces femmes et ces « kikittes » … histoires banales… son histoire …

Les romanciers qui écrivent des histoires d’amour qui commencent mal et finissent bien, ont beaucoup d’imagination!

La porte des souvenirs est ouverte avec  ces trous, ces déchirures, ces méandres et ces petits arrangements qui les rendent acceptables.

Elle appuie sur « envoi ». 

Ferme son ordi.

Elle va passer son week end a digérer son geste. Elle se félicite de son courage, passe par des moments d’exaltation et de dépression : ascenseur émotionnel emballé.

C’est fait.

Elle pourra limiter sans doute la suite, mais elle ne pourra pas revenir en arrière.

Peu à peu le calme se réinstalle.

***********

Elle est à la gare, le train arrive. Grosse journée de transport : l’avion Genève- Bordeaux puis le train jusqu’à Dax. Ses amours descendent de la rame, se précipitent vers elle, crient ensemble : 

–  Mamie! .

Une onde de bonheur, et des larmes au bord des yeux. Arnaud suit, chargé de sacs à dos, valise en main et doudous dépassant de ses poches, l’embrasse. Baiser d’amoureux qui fait pouffer Hugo.

  ça va?

  • Oui, oui, juste l’émotion… l’intrusion de la vie. Je crois que je n’ai pas dit plus de 3 mots en 3 jours, alors… mais j’entrevois un changement brutal!! Sourire un peu forcé.
  • Mais tout va bien?
  • Oui, oui ne t’inquiète pas, Allez Ouste! Langouste! En voiture!

Et l’ordinaire reprend le dessus.

Installer les enfants, défaire les valises, ouvrir le coffre à jouets et aller voir la mer. Ils courent, jouent avec les vagues, se déchaussent et remontent leurs pantalons, c’est sûr les vagues vont gagner et mouiller les petits mollets. Ils vont crier et rire. 

Arnaud et Alice marchent dans le sable mou, sans perdre de vue les enfants . Alice se fait violence pour ne pas intervenir. C’est marée montante et régulièrement une vague plus longue envahit le sable, prenant les enfants par surprise.

  • Laisse les, la plage est plate, ils ne vont pas se noyer, les vagues sont douces, regarde. Ils sont si heureux, laissons les profiter. Je te connais, tu as une serviette  dans ton sac pour sécher les petits pieds. Et puis dans 10 minutes on sera à la maison.
  • Quand ils seront complètement trempés!! 
  • Oui, et ajoute frigorifiés et …heureux!! C’est les vacances!
  • Et on est en Avril!! … ne te découvre pas d’un fil, disait ma grand-mère!
  • Allez grand-mère poule, je vais récupérer tes poussins, sonner le rassemblement.

Ils s’approche des enfants :

  • Goûter à la maison, Nutella et jus d’orange! Qui sera le premier en haut de la dune? Viens Léa je te porte.
  • Hugo donne moi la main, dit Alice, on va faire deux équipes, 3, 2,1, 0 c’est parti!

Dune franchie, Arnaud a laissé gagner Hugo et Alice, déjà assis sur le banc au bord du parking, serviette en main, désensabler les orteils et rechausser les petits pieds gelés.

Le soir venu, les enfants épuisés, couchés, Arnaud, s’assoit à côté d’Alice, la regarde intrigué, interrogatif, un peu soucieux sans doute. Il cherche une raison pragmatique à ces réactions à fleur de peau. Essai une approche humoristique :

  • Je trouve que tu es à fleur de peau. Tu es au bord des larmes souvent. Je ne te connais pas comme ça. 

Silence.

  • enfin, si , quand tu étais enceinte, … les hormones… ne me dis pas? Essaie de rire… qui tombe à plat. 
  • Ça va, je te dis, un peu de fatigue, un coup de mou, ça arrive.
  • Peux être que tu devrais prendre le temps de te reposer. Tu t’es inscrite à mille activités, scrabble, peinture, lecture à vois haute, chorale et que sais-je encore… c’est une erreur classique de la première année de retraite, dit-il, essayant de dédramatiser sa propre anxiété.Tu devrais essayer l’activité « ne rien faire », moi qui en suis adepte, franchement c’est super, essaie. 
  • Je crois que j’en suis incapable, la contemplation ça n’a jamais été mon truc, tu sais.

Les vacances passent. Retour à Genève pour Hugo et Léa. Ils ont profité d’un soleil printanier précoce et ont pris de belles couleurs. Hugo a retrouvé son teint caramel. Il bronze très vite, héritage du teint de sa maman.

Est-ce qu’Antoine a gardé la peau mate de son père? 

Se pose-t-il des questions sur son pays d’origine, le pays de ses parents enfin, le pays de son père…?

Hugo est fière de dire que son papa est français et sa maman indienne, comme une richesse supplémentaire qu’il a reçu à sa naissance.

C’est Alice qui fait le voyage cette fois, Dax – Bordeaux puis l’avion, Bordeaux- Genève, 4h de transport et la joie des retrouvailles. Leurs parents sont venus tous les deux pour les accueillir. Alice se met en retrait, laisse cette famille savourer cet instant, puis avance. En attendant la valise dans le sas de récupération des bagages, les enfants tout excités racontent à qui mieux mieux tout ce qu’ils ont faits, un grand vrac qui fait sourire Sokaïna. 

  • ouh, la, la, attendez, pas tous les deux en même temps, je ne comprends rien. 

******

De retour à la maison de la plage Alice a repris ses habitudes.

Lever, douche, s’habiller, plateau petit déjeuner et terrasse dès que le temps le permet. Rayon de soleil sur sa peau, elle ferme les yeux, se laisse envahir par la lumière et une douce chaleur, discrète mais déjà là. 

Mai se termine, juin approche.

Elle n’a pas rouvert son dossier « note ».

Ce matin, elle déroule tous ses dossiers associés aux différents courriels pour faire le ménage, jeter, actualiser. Elle voit « note » entre « Mutuelle » et « Ordinateur ».

Ouvrira, ouvrira pas?

Qu’elle est la prochaine étape? 

Celle qu’elle décidera. Elle s’est mise dans cette situation, à elle de gérer.

Elle sait. Elle voudrait des réponses à ses questions à elle. 

Et ouvrir sur ses questions à lui?

Non, non, pas directement, pas encore. Elle va garder le sas « Hannah ». Peut-être n’arrivera-t elle pas à aller au-delà.

Avancer pas à pas. Peut-être que la réussite est dans la lenteur qui permet l’acceptation, la réflexion…le temps maître de tout.

Elle continue à vider, ordonner, supprimer ses dossiers, puis revient sur « note » qu’elle a sauté.

Finalement, elle décide de faire suite au dernier message d’Hannah

15 Juin

Objet : vide (elle ne sait pas quel mot pourrait être utilisé!)

Bonjour Hannah

Merci d’avoir respecté mon souhait d’avoir du temps et de ne pas avoir fait pression. J’imagine aussi l’effort demandé pour garder le silence vis à vis d’Antoine.

Vous m’avez demandé si j’avais des questions. 

Oui, beaucoup, mais ai-je le droit de demander si moi-même je ne suis pas prête à répondre aux questions d’Antoine?

J’ai pris du temps. Je crois que je peux répondre à ses questions… mais pas directement. Je n’y arriverai pas.

Si vous pensez pouvoir continuer ses échanges en gardant le silence vis à vis d’Antoine, alors cela m’aiderait.

Vous devez me juger  égoïste ou lâche.

Comment puis je avoir des exigences? Poser des conditions?

J’ai honte de cela et à la fois si vous saviez le courage qu’il me faut pour écrire, remuer ce passé, ce secret.

J’espère que vous comprenez

Bitte (sił vous plait) 

Alice

Elle appuie sur « envoi ».

Elle sait qu’elle vient d’initier une avancée décisive. Jusqu’où ira-t-elle? iront-elles? serait plus juste.

Elle s’est surprise à penser qu’elle pourrait composer ce n° de téléphone, parler de vive voix à Hannah…Est ce que cela serait plus facile? 

Non, quand elle écrit, elle pèse ses mots. L’émotion est plus contenue.

Continuer ainsi encore.

Dès le lendemain Hannah a répondu.

Objet « Antoine »

Bonjour Alice

Je suis heureuse de la reprise de nos échanges. J’ai confiance. On y arrivera… avec le temps nécessaire.

Je suis prête à répondre à toutes vos questions.

D’ors et déjà je peux vous dire qu’Antoine est un homme merveilleux – parole d’épouse! – 

Il a été adopté à 6 semaines par une famille aisée et aimante. 

Il a une soeur, adoptée aussi.

Il a vécu à Berlin, près de la porte de Brandebourg.

Il est dessinateur paysagiste, responsable des parcs de Berlin, en particulier le TierGarten.

J’attends vos questions

Merci pour votre mail, vous n’imaginez pas quelle promesse de bonheur … ne prenez pas cela pour une tentative de pression. Prenons le temps.

Hannah

Le TierGarten, elle se souvient, bien sûr. C’était leur Central Park berlinois. Bibal et elle s’y donnaient rendez-vous, s’y promenaient souvent, main dans la main. Il était admiratif de la connaissance qu’elle avait des fleurs. Tous ces noms si beaux : désespoirs du peintre, amours en cage, Suzannes aux yeux noirs ou plus compliqués, dimorphética, agératum…

C’était l’héritage de sa Grand-mères Katel, de Wattwiller. Les fleurs étaient une passion partagée, elles passaient leur temps à chercher et cultiver des fleurs plus ou moins rares, délicates ou précieuses.

Maintenant encore, au cours de ses voyages, Alice ne manque jamais de visiter les jardins botaniques des grandes villes et de ramener des graines de fleurs pour essayer de les faire pousser dans son jardin.

Cette passion serait-elle héréditaire? Un fil rouge, un trait d’union, une marque, un signe ténue les liant au-delà des aléas de leurs vie. 

Une émotion  supplémentaire pour Alice.

Oui, elle veut en savoir plus sur Antoine.

Cependant, ne pas s’emballer. 

Elle s’interroge souvent sur ses sentiments pour lui. 

D’abord elle l’a vécu comme une menace. 

Elle a eu peur. Elle a été paniquée même.

Puis rassurée peu à peu, elle s’est alors beaucoup interrogée sur ce que lui pouvait penser d’elle. Qu’est ce qu’il avait pu imaginer de cette mère? 

Cet abandon, elle ne l’avait jamais regretté. C’était un fait, un choix définitif. Pour être totalement honnête, jamais elle n’aurait cherché à le retrouver. Elle estimait ne pas en avoir le droit. Abandonner puis revenir vers lui… lui apparaissait comme jouer à « laisser – reprendre » : un jeu cruel.

Peut-être que cette façon de penser lui évitait la honte ou la culpabilité.

Avait-elle honte de son geste? 

Non, au fond d’elle non. Mais pour en faire un secret c’est bien qu’il y a une part de honte, de peur du regard des autres, de leur jugement.

Elle avait honte de s’être fait abuser par Bilal, ça oui! Une honte de fille.

Lui l’avait abandonnée, lâchement mise et laissée dans une situation ingérable. Comment avait-il pu  savoir et en sachant, disparaître?   

En devenant mère, à la naissance de Pierre, elle avait pris conscience de l’importance du désir d’enfant. Antoine n’avait pas été désiré. Il s’était imposé à elle. Entrée par effraction dans sa vie. Elle ne saura jamais si elle aurait été capable de l’aimer. Sur l’instant elle était persuadée que c’était au-dessus de ses forces de fille de 17 ans. Elle n’a pas imaginé d’autres possibilités.

Ce geste s’était se sauver mutuellement, a-t-elle pensé, sincèrement. 

Etais-ce un geste égoïste?

En repassant tout ça dans sa tête, elle se trouve monstrueusement réaliste, froide. 

********

Marie, Marie lui manque à cet instant, plus que jamais.

Elle seule pourrait l’aider, trouver les mots. 

Elle lui dirait que s’il n’a pas été désiré par elle, il a été tellement attendu par ses parents adoptifs que forcément cela neutralise son étrange venue au monde.

Peine pour elle, bonheur pour eux.

Elle a été imprudente, insouciante, de ça elle peut s’en vouloir… et à la fois elle a fait le plus beau cadeau qu’une femme peut faire.

A l’heure des discussions sur la Grossesse Pour Autrui il serait temps de changer la vision que la société porte sur les naissances sous X.

Comment interpréter les naissances avec donneurs d’ovocyte (XX) ou de spermatozoïde (XY), – donneurs anonymes – si ce n’est aussi une naissance  partielle sous X. Et dans ce cas la société trouve beau ce don, l’encourage.

Alice contre argumenterait, ok pour la beauté du don, mais dans ces situations il y a désir. Bilal et moi n’avons pas eu ce désir. C’est en cela que les choses divergent et deviennent plus condamnables.

Alice aujourd’hui, se pose une question essentielle: aurait-elle pu l’aimer? Et surtout qu’éprouve-t-elle maintenant pour lui?

De la curiosité

De la culpabilité

De la crainte aussi

Et plus insidieuse, plus nouvelle, une envie de le connaître qu’elle n’ose pas encore formuler

Le 5 juillet approche, que fera-t-elle?

Elle avait banalisé ce jour. Effacé son accouchement de sa mémoire. Comme une amnésie post traumatique.  

Puis elle a apprivoisé ce souvenir peu à peu. Dans les années 80, Mikael Jackson et sa chanson Billie Jean* résumait sans fard son (leur) histoire. Cette chanson a été tellement diffusée.  Elle lui sautait à la gorge au début. Mais avec le temps… comment expliquer qu’elle déclenchait comme une douleur exquise sur laquelle on appuie pour savoir qu’elle est toujours là, ne s’estompe pas mais s’adoucie.

5 juillet, cette année, ce sera une date différente pour Alice… et pour Antoine.

Objet : 

Bonjour Hannah

Merci pour ces quelques mots sur Antoine.

Je crois que les questions d’Antoine à mon encontre sont plus  importantes et prioritaires que les miennes.

C’est lui qui est en recherche, en attente. 

Mais je n’arrive pas encore à imaginer un échange direct.

Pouvez vous continuer à servir d’intermédiaire?

Que savez-vous de ses interrogations?

J’essaierai d’y répondre le plus honnêtement possible.

Danke, viel danke 

ALice

Objet : Antoine

Bonjour Alice

Est ce que votre dernier mail signifie que je peux parler de vous à Antoine?

Est ce que je peux lui montrer vos mails jusqu’à ce dernier?

Ce serait un merveilleux cadeau d’anniversaire

J’attend que vous confirmiez

Hannah

Objet :

D’accord 

Juste restez s’il vous plait en intermédiaire

Alice

Le 5 juillet Alice est nerveuse. Commence mille choses, s’agace de tout. Elle a ouvert déjà 10 fois ses mails.

Hannah aura -elle trouvé les mots?

Quelle sera la réaction d’Antoine?

Comment, va-t-elle gérer la suite? Un contact direct? Par mail, par visio, se rencontrer? C’est sûr, c’est la prochaine étape. Comment faire pour ne pas en parler à Arnaud?

Elle s’est mise dans de beaux draps. Peut-elle faire marche arrière? Non, c’est impossible.

Elle sort, dit qu’elle a besoin de marcher, part sans attendre. Fuit!

Marchant sur la plage à grandes enjambées, elle se fatigue et se calme.

Elle cherche des solutions pour la suite.

Non, elle va attendre, ne pas faire de scénario, attendre.

Après tout, peut-être  a -t-il juste la curiosité de ses origines, des questions générales. Peut-être n’auraient-ils rien à se dire au bout du compte. Ils ne se connaissent pas, ne se sont pas choisis…pas la même génération, pas le même pays, pas la même culture …

Les jours passent, rien.

Puis le 15 juillet, juste ces mots 

Objet : Antoine

Alice,

S’il vous plait,

Antoine voudrait vous rencontrer.

Quand vous serez prête. Il vous attend .

Hannah

Mon dieu, ça y est. Ça devait arriver. Réfléchir, trouver, trouver un lieu, un temps … seule. Y aller seule. 

Alice n’imagine pas mêler Arnaud à ce passé qui n’appartient qu’à elle. Et puis où cela va-t-il? Ils vont se rencontrer et puis?

Ils sont étrangers l’un à l’autre. Un vécu qui ne s’est pas croisé depuis 45 ans. 

Les jours suivant Alice échafaude des plans qu’elle écarte les uns après les autres.

Elle attend, laisse passer le temps, tout l’été avec enfants et petits enfants.

Septembre arrive, chacun reprend son rythme.

Elle commence à envisager de laisser sans suite. Ecrire un mot disant que c’est au-dessus de ses forces, qu’elle croyait pouvoir mais finalement, elle renonce, s’excuse…

25 septembre

Une cousine de Wattwiller lui annonce le décès d’une tante, Tati Kate. Elle ira à l’enterrement. 

Arnaud propose de l’accompagner.

  • non, tu ne connais personne, moi je vais revoir des gens que j’ai perdu de vue depuis longtemps, on va parler alsacien, allemand, 
  • Ho, la, la effectivement ça risque d’être difficile pour moi. Mais pour toi…
  • Ça va aller
  • C’est vrai que les enterrements sont des moments de retrouvailles aussi. Ok dis moi comment tu t’organises.
  • Je vais y aller en avion, Biarritz – Mulhouse. Après c’est juste à 20 minutes en voiture. Je vais me débrouiller.
  • Ok tu as trouvé le vol? Prévois une voiture de location à l’aéroport comme ça tu seras plus tranquille.
  • Oui, c’est une bonne idée. J’ai un vol demain Lundi à 7h54, c’est parfait l’enterrement est l’après midi. Et retour jeudi en fin d’après midi.

Elle réserve un hôtel à Mulhouse.

Mauvaise nuit, elle vire et tourne. Appellera, appellera pas Hannah?

Après l’enterrement, retour à Mulhouse à l’hôtel.

Elle est invitée le lendemain à passer la journée avec une partie de sa famille paternelle.

Toute la journée elle a pensé à Hannah et Antoine.

Elle pourrait les appeler.

Elle hésite, prête par instant, puis recule, renonce pour y revenir un peu plus tard.

Finalement mardi soir, de retour à l’hôtel, elle se décide. Après tout, elle peut dire qu’elle est à Mulhouse jusqu’à jeudi. Ils ne seront pas forcément disponibles, comme ça au pied levé. Elle espère même que ce sera ainsi. Puis reviens sur cette opportunité, ce serait bien de les voir, de LE rencontrer.

Elle se torture avec des questions du type :

« Comment l’imagine-t-il?

Peut-il être déçu?

Par son physique, sa voix, sa façon d’être… »

Et elle :

« Qu’imagine-t-elle de lui?

Est-elle prête à tout,

Va-t-elle le recevoir sans à priori? »

Il faut que ces atermoiements cessent.

19H30

Elle fait défiler sa liste de contact. Trouve Hannah. Appui sur « appel »

Ça sonne, 3, 4 fois. Elle espère tomber sur le répondeur, ce serait plus simple … non, elle n’a pas préparé de message. Que dira-t-elle?

Une voix masculine:

  • hallo, hallo… silence…. Hannah c’est un n° français!, viens

Une voix féminine :

  • hallo, silence prolongé, hallo, vous êtes Alice?
  • Oui
  • Merci, merci, – silence – , je crois que nous sommes trop émus, – rire et pleurs mêlés – , je vois votre n° s’afficher , on peut vous rappeler dans quelques instants? Juste pour nous préparer. Ce moment est tellement importants pour nous trois, pour vous deux.
  • Bien sûr, bien sûr – avec un tremblement dans la voix.

19H33

La prise de contact a pris 3 minutes.

3 minutes si chargées.

Ça y est. Elle s’assoit sur le lit, se relève, va à la fenêtre, revient, se rassoit serrant le téléphone dans sa main. Elle vérifie la charge de la batterie, 73%; ça va. Elle le pose, le reprend… n’arrête pas de tourner.

Son coeur s’emballe, Arnaud va l’appeler, c’est sûr. Non pas maintenant, pas maintenant. Elle tremble.

Se raisonner, ça va bien se passer.

S’il faut il aura des questions simples et pas de suite. Elle a parcouru les forum et elle a vu que certains enfants avaient très peu de curiosité, juste savoir que leur mère de naissance existait, qu’il l’avait retrouvée et qu’elle acceptait ce contact.

19H45, sonnerie

Elle sursaute, se précipite, fait tomber le téléphone.

Regarde l’écran. C’est eux.

Elle décroche en inspirant profondément. Calmer les battements de son coeur, se calmer.

  • Hallo, es ist Hannah, 
  • Oui, …
  • Voulez vous que je vous passe Antoine, il parle assez bien français.
  • Je ne sais pas, – silence, respiration précipitée, – je pense que c’est à lui de décider
  • Il ne veut rien vous imposer, vous savez, il est boulversé et heureux de savoir que vous acceptez. Je vous le passe?
  • D’accord 

Bruit de voix étouffées

  • Hallo, ich bin Antoine, je suis très heureux de cet instant. 
  • Merci, je ne sais pas quoi vous dire? Silence. Qu’aimeriez vous savoir?
  • Là, maintenant, je n’ai pas de question, c’est trop tôt…. Ça peut attendre…je voudrais qu’on fasse connaissance, vous présenter ma petite famille.
  • Elsa, votre petite file, Hannah m’a dit, oui. Je suis heureuse pour vous. Oui, j’aimerais bien la connaître … c’est aussi ma petite fille, elle se met à pleurer silencieusement – je ne sais pas si j’ai le droit de dire ça…
  • Mais c’est du bonheur, un bébé, ne pleurez pas. 
  • Vous avez raison, c’est juste… excusez moi, je… c’est difficile…
  • Vous êtes seule?
  • Là oui, … je suis à Mulhouse pour quelques jours.
  • D’accord, – silence – vous savez, j’ai imaginé ce moment souvent. Je pense que c’est peut être plus dur pour vous que pour moi. Et je ne veux pas que vous ayez de la peine…. Aujourd’hui je voulais juste vous dire que j’ai eu une belle vie, mes parents adoptifs étaient très gentils. Ils m’ont accueillis, j’avais juste 6 semaines. Ils m’ont dit très tôt qu’ils étaient mes papa et maman adoptifs et que j’avais aussi un papa et une maman de naissance… et j’ai grandi en pensant que j’étais plus riche que les autres du fait de cette situation… Ne pleurez pas… je vais vous laisser…on se rappellera dans quelques jours. Surtout ne vous inquiétez pas, je ne veux rien vous imposer…et je ne vous reprocherai rien. Il ne faut pas avoir de regret. Je suis heureux et maintenant, très heureux…. Bis bald
  • Merci, à bientôt. Sa vois se casse dans un sanglot.