Le silence d’un matin
L’étreinte feutrée de la nuit s’estompe. Les premiers rayons du soleil glissent dans les interstices des volets, réveillant ainsi les mouches. Elles reprennent leur ballet désordonné près des visages des dormeurs, perturbant leurs rêves, hachés par les minuscules bourdonnements, frôlés et répétés, au-dessus de leurs joues.
Le souffle léger de l’air transporte les notes sourdes et lointaines du clocher. 7 coups sonores et réguliers, 7 heures creusent leur sillon dans le matin, suivies par le tintement cristallin du carillon.
La lumière s’étire, passant d’un blanc laiteux aux premières clartés rosées. Bientôt l’heure et le silence seront jaune pâle, comme les roses le long du mur du jardin, encore toutes fripées par la fraîcheur nocturne. Un parfum d’herbe mouillée emplit le silence, le mouillé de la rosée, scintillant, perlé. Ce parfum transparent, éphémère, effleure la brume légère du sommeil.
Un temps suspendu où rien ne bouge, puis le gloussement plumé des poules à l’entrée du village résonne dans le vallon assoupit, reprit par le roucoulement répété des tourterelles nichées sur l’if devant la fenêtre de la chambre. La mélodie de la fontaine, en contrebas de la maison, résonne sur la surface de l’eau.
Le grincement d’un volet que l’on ouvre, le couinement du battant que l’on coince. Une porte s’ouvre délicatement, des pas descendent l’escalier, des marches tressaillent, d’autres gémissent. La maison craque furtivement. Les tuyaux d’eau crachotent et tremblent sous les premières pressions de la journée. De la vaisselle s’entrechoque, elle s’excuserait presque pour ce dérangement matinal. L’arôme mêlé du café et du pain grillé rampe sous les portes, chatouille les lits et les couvertures. Mollement les corps se défroissent.
