Je me souviens de mon premier trajet seule en métro pour mes leçons de piano.
J’avais quatorze ans, je me sentais une jeune fille, prendre le métro le soir ne me faisait pas peur ; au contraire je voulais quitter mon quartier, aller voir ailleurs, comme si ce voyage souterrain à l’autre bout de la ville allait me faire vivre une tranche de vie qui n’appartiendrait qu’à moi, loin du regard de mes parents.
Je n’aimais pas particulièrement apprendre à jouer du piano, question musique j’étais du genre sourde muette et aveugle, je déchiffrais péniblement les notes sur une partition, je n’avais pas l’oreille musicale, je chantais faux. Ce que je désirais vraiment c’était retrouver mon professeur de piano, chez lui, découvrir son quartier, entrer dans son appartement, jouer sur son piano, toucher le même clavier que lui. Être seule avec lui, sa voix douce, son regard apaisant, sa chevelure châtain tombant sur sa veste en jean, ses mains proches des miennes. Juste nous deux.
J’avais fait attention à ma tenue, pas celle d’une petite fille, une tenue qui devait lui suggérer que je devenais une jeune fille. J’avais fait tournoyer ma jupe ample et fleurie, celle qui me tenait bien la taille, en montant dans la ligne 13, direction Asnières-Gennevilliers ; j’avais fait claquer mes premiers escarpins, gris perle, dans les couloirs du métro au changement Gare St Lazare ; en sortant à la station Villiers, j’avais remis quelques gouttes de parfum Molyneux – chappardé à Maman – avant de m’élancer dans la rue des Batignolles.