Petit fruit rouge, pas tout à fait rond, emmanché d’une longue queue. La cerise n’est pas solitaire, elle vit en société, à deux ou le plus souvent en amas resserré.
Née d’un arbre-fleurs, merveille immaculée des premiers jours du printemps.
Charnue et joviale, ses joues rouges bien remplies, la cerise s’impose fruit jouet, le fruit plaisir par excellence.
Tout jeune, qu’il était bon de les poser en pendentif d’oreille, retardant au maximum l’instant où j’allais les mettre à la bouche et les faire éclater sous la pression de mes dents. Explosion de saveurs, de fraîcheur. Sensation d’autant plus intense si je les mangeais sur l’arbre, coincé à la fourche de deux branches, oscillant dans le vent…
Adolescent, je maintenais une cerise entre les dents, me tournais vers une jeune fille. Invite à ce qu’elle vienne me la chiper, invite à ce que ses lèvres viennent effleurer les miennes, invite à un baiser que je n’aurais pas osé lui demander…
Aujourd’hui, avec les cerises j’ai toujours vingt ans…
Tout à l’heure dans le verger, face à cette magnifique vallée du village de Salàs de Pallars, j’ai rencontré ces cerisiers rêvés. J’ai passé la tête sous le feuillage et ces timides fruits me sont apparus. Resplendissants dans leur robe passion.
La voix de Sylvia résonnait à mes oreilles, ses conseils pour les cueillir… Mais je savais. Les cerises, c’est moi… Peut-être suis-je né cerise ? Elle et moi, nous sommes le printemps, la liberté, la passion, la renaissance et la vie… Les cerises sont mon enfance, ma gaité, mes espoirs, ma soif de volupté.
Je les caressais du regard, l’émotion à fleur de peau, à fleur de doigts, à fleur de lèvres. Je les désirais, elles m’attendaient.
La toute première je la croquais hardiment d’une pression douce et ferme ; elle explosa, craquante, juteuse. Je goûtais avec ivresse sa saveur sucrée et si légèrement acide, si sensuellement forte… J’en cueillais une autre et recommençais…
J’aurais aimé te tendre mes lèvres, que tu viennes me voler ce fruit. J’aurais aimé que nous partagions ce baiser, cette volupté.
La volupté du temps des cerises !
C.G. Salàs de Pallars, le 10 juin 2022
