Il reste des cerises sur un seul arbre avait dit la maman de Sylvia, le premier de la rangée. Réjouie, notre équipe, munie de quelques seaux rejoint le terrain et découvre l’arbre offrant ces savoureux petits fruits rouges. Je me glisse sous l’arbre et découvre une infinité de grappes charnues. Martine entame « Quand nous chanterons le temps des cerises… ». D’autres la suivent.
De mon côté, dès les premiers mots de cette chanson, le temps s’envole vers celui de mon enfance. La voix de mon père reprenant ces paroles engagées avec ardeur. J’aimais quand nous partions tous les 2 en promenade. Parfois, lui marchait et moi je filais sur mon petit vélo jaune. D’autre fois, j’essayais d’aligner mon pas sur le sien. Pas facile, il avait de grandes jambes et marchait d’un bon pas! Toujours nous chantions. Quelques paroles trottent encore dans ma tête: le merle moqueur, le fils du roi s’en va chassant, Alouette, gentille alouette. Il aimait m’apprendre tout son chansonnier. Comme Sylvia ici, il me faisait aussi découvrir la terre de son enfance. Chemins de campagne, bois humides, fagnes marécageuses, ruisseaux glougloutant, cascades spectaculaires et autres chemins de croix. L’hiver, il enfilait ses grandes bottes, sa veste en « nounours » et nous partions sur les chemins, ma petite main glacée dans la sienne, chaude et rassurante. Je me souviens avec émotion de cette promenade au rocher de Falise, au cours de laquelle, il m’apprit la propagation du son. « éloigne-toi » me dit-il. Je fis quelques pas en arrière. Il frappa dans ses mains. Le décalage entre l’image et le son. J’avais compris. Je crois qu’il n’y a pas un orage au cours duquel je ne pense à cet instant. Le décalage entre l’éclair et le vrombrissement.
Des cerises à l’orage, quel voyage!