Ecrire pour moi, c’est assez récent. Quelques années tout au plus.
Enfant, j’avais reçu l’étiquette de « matheuse » et à cette époque, il était inconcevable d’être matheuse et littéraire.
Je serais donc matheuse … et convaincue que l’écriture n’était pas pour moi.
Dans ma famille, j’étais le vilain petit canard. Mon père, mes frère et soeurs, tous artistes. Compositeurs, chanteuse, metteur en scène.
Et pour tous, l’écriture faisait partie de leur vie.
J’ai donc grandi dans l’idée que j’étais différente; j’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose, la créativité. Et donc, évidemment, aucun accès à l’écriture pour moi.
Pourtant j’adorais lire, surtout des récits de vie.
Progressivement un sentiment naquit au fond de moi. J’avais des choses à dire, comment les exprimer? Comment oser m’aventurer dans une voie créatrice?
Un long travail sur moi m’a permis de dépasser ce sentiment d’infériorité et progressivement autorisée à avancer sur d’autres chemins, moins cartésiens.
J’ai aussi mis fin à ma carrière professionnelle. Adieu chiffres et autres tableaux Excel.
Il y a quelques années, lors du décès de mon compagnon, j’ai écrit mon premier texte. Après plusieurs nuits de travail, j’avais enfin trouvé les mots et comment exprimer ce que je ressentais, ce que je vivais.
Plusieurs personnes m’ont fait part de leur émotion après la lecture de ce texte aux funérailles, combien elles trouvaient cet hommage vibrant et touchant.
C’était la première graine que je semais. D’autres suivraient. Et progressivement je me sentirais plus légitime. Moi aussi je pouvais exprimer des choses par une voie artistique. Plus tard, j’ajouterais la peinture comme moyen de dire, de me dire. J’essayerais également la musique mais le travail qu’elle requiert me rebuterait. L’écriture et la peinture, n’exigeant pas un travail quotidien, me convenaient mieux.
Ecrire pour moi, c’est une façon de partager mes émotions, de témoigner, de retracer mon histoire, tout en me libérant des étiquettes collées enfant dans mon dos.