Des mes yeux, Henri affirmait qu’ils étaient comme un lac, un lac vert, un lac de haute altitude, profond et mystérieux, cerné de sapins, de cols et de neige. De mes yeux, Henri me chuchotait à l’oreille, qu’ils étaient d’Orégon, du Montana, du Wyoming, des yeux sauvages, des yeux de pionnière et de conquête. De mes yeux, Henri admirait leur harmonie avec l’auburn de ma chevelure, lourde et abondante. Mes yeux d’amazone, fière et sans peur, qu’Henri butinait des lèvres. Mes yeux avaient capturé son cœur, déclarait-il.
De mes yeux, il me reste les larmes. Le cœur d’Henri, volage, s’est élancé vers d’autres visages, d’autres hanches, d’autres jambes. Mes yeux vert d’eau se sont ternis, assombris, les eaux noires d’un lac en hiver. Il m’a fallu noyer mon chagrin, donner le change, afficher un regard serein. Un époux qui va voir ailleurs …
A mes yeux, le monde s’est rétréci ; de ma vision endolorie, une maladie. Derrière le vert de mes yeux, les ténèbres.