Les lois suprêmes de la quête l’exigent, l’anneau perdu ne sera accessible qu’au quêteur pur, tel le Hobbit a l’âme fidèle. Notre Hobbit respecte à la lettre l’application de la loi, il sait en son for intérieur que cet anneau apportera paix et alliance. Debout dans le cadre de la porte de sa maison, il hume le vent lourd et chargé de pluie. Sous une soudaine bourrasque, noire d’orage et d’éclairs, toute la structure de sa maison se met à trembler. Hobbit repousse sa crainte d’affronter les éléments, une quête sans série d’épreuves n’est pas une quête, il le sait bien. Ceci est inscrit dans tous les parchemins des textes législatifs de la Comté : la recherche de l’anneau comme chemin initiatique permet d’intégrer le Cercle des Sages. Ce Cercle, Haut Parlement de la Comté, regroupe les plus valeureux, les plus audacieux, les plus courageux des quêteurs, des chercheurs de sens et d’aventure. Pas de successions acquises par héritage, pas d’élections frauduleuses, non Hobbit, prendra sa place au sein du Parlement grâce à sa hardiesse, sa finesse d’esprit, sa ténacité et son intelligence.
Le ciel est d’encre, l’obscurité recouvre le vallon devant la demeure du Hobbit, l’air chaud et lourd pèse sur le cœur du Hobbit. « Suis-je dans l’angoisse à l’idée de me lancer dans cette quête et ses épreuves ? Ces nuages noirs sont-ils prémonitoires ? Hardi Hobbit, il est temps de te mettre en route. »
Grimpant lentement la colline de l’Assemblée, pas après pas, il lutte contre la tempête qui désormais fait rage, les gouttes grosses comme de cailloux transperce son paletot de laine, l’eau s’engouffre dans ses souliers. Coûte que coute, il doit atteindre le sommet et rendre ses hommages aux Députés, les dieux de la quête, aux pieds de leur stèle, il doit remettre un pécule, pécule qui se transformera en trésor à la réussite de sa quête
A l’intérieur de la chambre funéraire, Hobbit dissimule sa bourse derrière une pierre du mur du fond sur laquelle, il inscrit, au fusain, un soleil celte. A son retour, il en est certain, il instaurera La République de l’anneau.
Sur la route des Rêveurs, Hobbit s’applique à trouver des rimes, des images Si son poème charme la fée Poète de la forêt, elle lui ouvrira, au milieu des arbres touffus, un sentier de ruban dénoué.
« Sous le ciel, mon paletot aussi était idéal. » clame-t-il dressé sur une balançoire de bois blanc, afin que son vers de poésie porte jusqu’aux oreilles délicates de la Fée Poète. Hobbit, aux mains caleuses, à la solitude d’ours des montagnes, Hobbit le taiseux, n’a pas trouvé mieux que de parler de son manteau troué et déchiré. Le paletot idéal fera-t-il l’affaire, ouvrira-t-il la clé des bois et le chemin de ruban dénoué ?
La forêt reste de de marbre, Hobbit cherche toujours l’inspiration, désormais bercé dans un hamac. « Tiens par exemple, fait rimer chevillette avec escarpolette, envoie valser mon imagination à l’ombre du feuillage, faire tourner la tête à la Fée Poète. »
« Sous le ciel, mon paletot aussi était idéal et scintillait au clair de lune. » essaya encore le Hobbit en tapant de dépit sur un cailloux rose. Roule la pierre rose, s’ouvre le sentier de ruban dénoué, dégringole pierre qui n’amasse pas mousse, cavale derrière elle notre vif Hobbit.
Qui atterrît de ses deux pieds sur les bords d’une plage. Sur les vagues bleu marine, vogue un autre ruban dénoué sous le vent du soir. Depuis les airs, une mouette immaculée, crie au Hobbit , « creuse ton vers de poésie, met-le à l’épreuve des flots de la mer, des coraux, des fonds marins ! » La mouette achève son survol dans un tourbillon d’écume ; ainsi éclaboussé, Hobbit s’écrie : « Sous le ciel, mon paletot aussi était idéal et scintillait au clair de lune. Toutes ses poches baillaient aux corneilles !»
« Au hasard Balthazar, à moi la ritournelle, les plus belles phrases, la poésie est affaire de rencontre, de surgissement. Ma quête, je vais la mener au petit bonheur la chance. Le Hobbit à l’âme fidèle et pure, je trouverai l’anneau, la clé des champs et l’astre lunaire. Pourquoi m’encombrer de pieds, d’alexandrins, de sonnets quand tout est question de mot et d’image ? Au fil des pages de ce lourd parchemin, je trouverai bien la formule magique. Elle m’attend, elle vient à moi dans ces mots, au creux des définitions, des verbes et des adverbes, chaque lettre un indice, chaque genre une piste à suivre. »
Hobbit laisse libre court à sa recherche, tourne mes pages au hasard, sans queue ni tête, passe du mot Abat-jour à celui de Zen, recule de 3 chapitres et la Valse danse sous ses yeux, il repart en arrière de quatre chapitres, tombe sur le mot Impasse, recule jusqu’à Dédale, est percuté par l’Imprévu.
Il le sent bien, il fait du sur place, pas d’indice, pas de sens qui lui saute aux yeux. Impromptu rime bien avec Imprévu, il tient une rime venue là sans y avoir été conviée.
« L’impromptu de la valse rythme mon chemin d’imprévu » propose Hobbit aux pages de l’ouvrage. Rien ne se passe, le grimoire ne cède pas sa formule magique.
« A mes yeux délicieux L’impromptu de la valse rythme mon chemin d’imprévu » poursuit le Hobbit, tournant deux pages, sautant un chapitre.
« A cette histoire, je perdrai ma tête, je suis trop sérieux pour ces jeux de mots et de destin. Que va-t-il m’arriver si je reste bloqué dans le grimoire ? Je ne sais pas jouer mon avenir sur un lancement de dés ! Quand donc la formule magique viendra à moi ? »
Il retourne le grimoire, le reprend depuis la fin, « Si je tourne la malchance à l’envers, la voici qui redeviendra chance. » songe-t-il. Aussitôt dit aussitôt fait, il n’est pas dit que Hobbit restera emprisonné du malheur : « A mes yeux délicieux L’impromptu de la valse rythme mon chemin d’imprévu et tire sous mes pieds les cartes de l’avenir. »
A toi le Hobbit, toi qui partis à la recherche de l’anneau perdu dans l’espoir d’établir la République des Sages. Vaillamment tu t’élanças dans ta quête, déroulant ruban bleu et paletot de corneille, traversant les bois de poésie, à la quête de la rime charmeuse, escarpolette au clair de lune, bille de perle au flot des cieux. La déraison des mots, la dérision des phrases, le culot de l’imaginaire, l’espace du hasard ; d’anneau d’airain, tu ne trouvas point, car au fil des pages te vint soudain cette révélation, cette intuition géniale: l’écriture ne se décrète pas, elle se trouve si l’on veut bien se perdre. Point d’anneau d’or ou d’argent, seulement la danse avec le beau, le précieux anneau de l’Inspiration, libre et léger.
