La confiture de pastèque

 

J’avais pris cette habitude en mon âge enfantin

De prendre de la pastèque, un peu chaque matin.

Jaune d’or ou caramel

Collante ou coulante

En petits cubes serrés ou en coulis,

Avec des brisures d’orange ou des citrons du jardin,

Toujours la même et pourtant toujours différente.

Ce matin, la pastèque est comme un glacier doré, aux rochers escarpés,

Ensevelis sous une avalanche sucrée.

Il s’en échappe des senteurs suaves et moëlleuses qui se mélangent au parfum poivré de ma grand-mère. Avec ses yeux qui rient et ses mains qui mettent de l’ordre dans mes boucles brunes.

« Mange, enfant !», la confiance tranquille de mon enfance.

Je suis des yeux les petits morceaux agglutinés qui se découpent dans le coulis aux reflets changeants. La texture est souple, gélatineuse, avec de la mâche, comme du caramel fondu. Je reconnais bien là la science ordonnée de ma femme, la technique précise et toujours recommencée, le goût de l’ordre et de l’autorité, de sa liberté aussi.

Et puis arrive d’un coup, la saveur rassurante et puissante, la douceur suave et sirupeuse, les friselures du caramel qui craque .Et le jus qui coule, comme de la lave qui s’étale. Alors, me revient le parfum puissant et rassurant du savon de ma mère qui m’enveloppe de sa présence aimante et de son amour infini.

Elle a traversé le temps, la confiture de pastèque et me dit chaque matin que la vie a passé et que la journée a commencé.

MBrehier

Billère, le 22-03-202